Les nombres relatifs : à découvert

Comme je l’ai déjà raconté dans un billet précédent (Un prof en vacances), dans la progression que j’ai avec mes classes de cinquième, l’introduction des nombres relatifs est prévue.

Pour les matheux qui me lisent, attention : les nombres relatifs ne sont pas les entiers relatifs. En réalité, les nombres relatifs au collège pourraient être définis comme « l’ensemble des nombres connus par les élèves, munis d’un signe ».

Les programmes précisent que « le nombres relatifs sont introduits pour rendre toutes les soustractions possibles ». Voilà qui suffit à guider la préparation de séquence. Je ne vais pas détailler ici tout le déroulement (cela n’aurait aucun intérêt, mais une anecdote particulière qui m’inspire un sentiment étrange…

Avec mes deux classes, je procède de la même façon. j’introduis brièvement le sujet, et avant même de donner la moindre explication, je pose d’emblée une question : « Connaissez-vous, dans la vie courante, des situations dans lesquelles nous utilisons des nombres négatifs ? »

Plusieurs propositions arrivent : les températures plus petites que zéro, les étages d’un immeuble… Mais aussi « quand on est à découvert à la banque » !

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Je suis tout de suite ahuri par le nombre d’élèves qui ont cet exemple en tête. Comment se fait-il que, si jeunes (11 ou 12 ans), des enfants soient déjà confrontés à ce genre de situations ? C’est pour le moins préoccupant et un indicateur marquant des situations sociales de leurs familles.

À cet âge, je ne pense pas que je connaissais même le rôle précis des banques, et encore moins le fonctionnement des comptes bancaires. Et j’insiste : ce n’est pas un ou deux élèves qui évoquent les découverts lorsque je pose la question, mais plutôt un quart de la classe.

L’année passée, j’avais déjà eu les 5e et la même situation s’était produite. Je suis peut-être un doux rêveur, mais je reste quand même persuadé qu’à cet âge-là, beaucoup d’enfants sont encore à l’abri de ces préoccupations.

Une réflexion sur « Les nombres relatifs : à découvert »

  1. Je suis issu d’une classe socio-culturelle relativement aisée / cultivée : grand-père sous-préfet, papa prof à l’université, quand-même. Ça ne m’a pas empêché d’assister aux disputes quotidiennes des parents quand le compte est à découvert dès la deuxième semaine du mois. Quand c’est un sujet de conversation phare à chaque dîner, c’est bien malgré toi et malgré ton jeune âge que tu t’y intéresses et réalises tout ce que cela implique – et c’est frustrant, car tu es impuissant.

    Avec la généralisation de la précarité chez les français, voilà bien une tendance qui n’est prête de disparaître. Attends-toi à constater toujours plus de misère sociale et économique chez tes élèves. J’ai le sentiment que le corps enseignant est à l’avant-poste pour observer la dramatique descente aux enfers de la populace française.

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