Un prof en vacances

On entend toutes sortes de choses sur les profs et les vacances. D’un côté, « les profs sont toujours en vacances » ; et de l’autre, « les profs travaillent pendant plus de la moitié de leurs vacances ».

Point de généralités, mais voici ce que j’ai fait pendant ces deux semaines. Gardons à l’esprit que les vacances de fin d’année ont toujours un statut un peu particulier à cause des fêtes. À ce propos, meilleurs vœux à tous ; je suis content que vous soyez là. 🙂

En tout premier lieu, du repos

Il est difficile de décrire le niveau d’épuisement dans lequel se trouvaient tous les personnels de l’établissement le vendredi 20 décembre, dernier jour avant les vacances. Classiquement, la période de la Toussaint à décembre est la plus difficile de l’année.

Mais là, on a atteint des sommets en termes de fatigue : il y a eu énormément d’incidents dans les cours et dans les couloirs, nous avons de nombreux collègues absents non remplacés, les agents sont en sous-effectif et le climat scolaire est très difficile. Ajoutons à cela le climat social, avec les grèves, et cela fait un joli cocktail très lourd émotionnellement.

Donc, une fois en vacances, j’ai pris une vingtaine de minutes pour ranger un peu mes affaires de travail, et j’ai tout rangé : pas question de travailler pendant la première semaine… Enfin presque !

J’avais quand même des copies à corriger, et je voulais m’en débarrasser au plus vite pour avoir l’esprit tranquille. Dès samedi matin, je m’y suis attelé et j’ai terminé en quelques dizaines de minutes (il s’agissait une dizaine de copies, ce n’est pas énorme).

Il n’empêche : dès le samedi, je n’ai plus pensé au travail de toute la semaine. Et j’en avais grand besoin. Le métier de prof est un métier fatigant, bien plus fatigant qu’il n’y paraît : vous interagissez chaque jour avec environ 80 à 100 adolescents et une quarantaine de collègues, le tout avec une cadence assez soutenue.

Et en deuxième semaine ?

Il faut évidemment s’y remettre à un moment ou à un autre. Il serait faux de dire que j’ai travaillé de manière acharnée, mais j’ai compté entre 1 et 3 h par jour de travail — je n’ai pas tout à fait terminé à l’heure où j’écris ces lignes.

Mon objectif est simple : avoir prévu toutes mes séquences jusqu’aux prochaines vacances ; c’est-à-dire avoir fixé les objectifs et réfléchi aux contenu de façon à n’avoir que des détails à peaufiner pendant la période.

Les progressions

Première chose à faire : revoir les progressions. La progression, c’est l’ordre dans lequel les notions sont abordées. C’est assez difficile à faire, parce qu’il faut trouver un délicat équilibre entre les séquences plus faciles et d’autres plus difficiles, sans reléguer en toute fin d’année les points centraux du programme. Mes progressions sont construites en chapitres, en principe de 6 séances maximum.

Évidemment, la progression prévue n’est jamais respectée à la lettre car il y a toujours des imprévus : absences, grèves, examens blancs qui banalisent les cours, élèves en stage, etc. De surcroît, j’ai toujours du mal à anticiper le temps qu’il faudra à mes élèves pour comprendre les notions abordées. Enfin, j’ai mené pendant deux semaines un projet avec mes classes de 5e, qui a interrompu la progression prévue, mais ça valait le coup : on a fabriqué des arbres de Pythagore de plusieurs mètres de haut. Par conséquent, on est toujours un peu en retard par rapport à l’idéal prévu…

Arbre de Pythagore

Il me faut donc une grosse demi-journée pour retravailler les progressions, identifier ce que je n’ai pas pu faire, réorganiser les séquences pour que l’ordre soit cohérent avec le nombre de séances jusqu’aux prochaines vacances, et identifier les notions que je dois impérativement traiter en début du deuxième trimestre (c’est maintenant !). Et il faut évidemment que la progression soit le plus cohérente possible avec celle des collègues qui ont le même niveau (idéalement, il faudrait même que les progressions soient identiques, mais c’est un vaste sujet).

Donc, les 28 et 29 décembre, j’ai retravaillé les progressions des deux niveaux dont je m’occupe cette année : 5e et 3e. Il y a une contrainte importante : les élèves de troisième ont un brevet blanc fin janvier, donc je devrai impérativement avoir vu certaines notions.

Voici les objectifs. Pour les troisièmes : calcul littéral (développements et factorisations), théorème de Pythagore dans le sens réciproque, les quatre opérations sur les fractions et les statistiques (moyennes, médianes, étendues — qui d’ailleurs feront l’objet d’un billet à part, car j’ai prévu une séquence particulière pour ça). C’est assez ambitieux et il n’y aura pas que des choses nouvelles, le rythme va être soutenu. Pour les cinquième, au menu nous avons : nombres relatifs (notion et repérage sur la droite graduée), statistiques (effectifs, moyennes, fréquences), calcul littéral (introduction de la lettre) et repérage dans le plan.

Les séquences

Une fois les progressions retravaillées, certaines séquences étaient déjà prêtes car prévues pour la période passée… Mais j’ai eu du retard, ça a déjà été dit. 😀 Je reprends donc les séquences, je vérifie que tout est correct et j’adapte certaines activités pour compenser le retard.

Comment je fais, en pratique ? C’est assez difficile, mais en général cela consiste à simplifier le scénario, par exemple en remplaçant un travail de groupe d’une heure par une activité en binôme plus simple, sans prise d’initiative, qui prend moins de temps. Ce n’est pas l’idéal, bien sûr, mais je suis bien obligé de m’adapter. Enfin, cela nécessite aussi de différencier davantage les contenus, pour que chaque élève fasse exactement les exercices dont il a besoin et ni plus, ni moins. Avec davantage de temps disponible, il est possible de s’offrir le luxe de répéter davantage les mêmes méthodes pour consolider et approfondir.

Rien que pour reprendre les séquences, il faut de l’ordre de 4 à 6 h de temps ; j’y ai donc accordé deux demi-journées. Sauf erreur ou oubli, tout est prêt : les documents pour les élèves, les listes d’exercices, les questions flash, et même les sujets de devoir maison et d’interrogations.

Une fois les séquences en retard revues, il faut attaquer la préparation des nouvelles séquences. Pour les 5e, c’est assez facile : j’ai déjà eu ce niveau l’année dernière, donc je peux reprendre ce que j’avais fait lorsque cela me plaît, modulo quelques adaptations. Je procède donc de la même façon que pour les séquences en retard… Sauf qu’avec un an d’expérience en plus, j’ai progressé donc je cerne mieux les besoins des élèves. Cela me permet d’aller à l’essentiel et de perdre moins de temps.

Les choses annexes

Outre les préparations de cours, il y a toutes sortes de choses annexes à préparer. L’une d’entre elles, non des moindres, est le plan de classe. J’ai pour habitude de changer le plan de classe après chaque vacances. Je ne fais pas d’exception ici.

Le 31 décembre, pas question de me lancer dans une préparation de séquence nouvelle. Mais je peux m’occuper du plan de classe. J’utilise un site que j’aime bien, plandeclasse.ca/. C’est une tâche assez délicate , j’y passe largement 30 minutes par groupe ; soit au total 2 h environ.

Après cela, pas question de laisser le boulot envahir outre-mesure ma vie privée (je l’ai accepté pendant que je préparais l’agreg, mais ce temps est révolu ; il reviendra peut-être si j’arrive à obtenir un détachement vers l’enseignement supérieur). Je cesse donc de travailler, et je me mets aux fourneaux.

Bienvenu en 2020

1er janvier 2020. Bonne année ! Ça y est, le réveillon du 31 décembre est passé, les fêtes sont terminées, les frigos sont vides et les paquets cadeau sont dans la poubelle (en attente d’être recyclés, bien sûr !). Mais je suis un peu décalé et je travaille peu.

Vers 12 h, les invités sont partis et la vie reprend son cours normal. Ménage, sieste. Puis, en fin d’après-midi, la préparation des dernières séquences. Pour les 5e, l’essentiel semble prêt. Je n’ai pas encore les questions flash pour les séquences sur les nombres relatifs et les statistiques ; je m’en occupe demain (si le temps le permet…). Pour le reste, je crois que je n’ai rien oublié.

Le 1er janvier au soir, pas question de travailler : ça se passe en famille.

Nous sommes le 2 janvier. Pour les 3e, il y a encore du travail. Heureusement, ma séquence de calcul littéral est déjà prête depuis longtemps, je n’ai qu’à relire et à peaufiner. J’avais bien travaillé, je suis content et rassuré car c’est un passage difficile. Pour le théorème de Pythagore, j’ai l’activité introductive et la trace de cours ; mais je n’ai pas encore sélectionné les exercices et je compte sur des collègues pour m’aider à choisir. Normalement, deux séances devraient suffire car ce sont des révisions.

Restent les séquences sur les fractions et sur les statistiques. Pour les stats, j’ai une idée très précise de ce que je veux, donc je laisse de côté et je m’en occuperai si j’ai le temps. Je commence donc par les fractions. C’est délicat, car ce sont théoriquement des révisions ; en pratique, il faut souvent reprendre.

Mais je ne suis pas inspiré. Difficulté : il y a deux objectifs différents dans la séquence (diviser et additionner/soustraire les fractions). C’est mauvais signe, mais pas le choix : je dois faire avec. Premier réflexe : regarder dans le livre de la classe. Rien de génial, donc je fouille chez Sésamaths. Je prends quelques idées, mais je finis par tout modifier car cela ne me semble pas adapté. Il s’est déjà écoulé 2 h. Je réinvente l’activité introductive pour les divisions, je prépare la trace écrite et je sélectionne les exercices. Encore 1 h de plus. Heureusement, il y a de bons exercices dans le livre : ouf !

Après environ 3 à 4 h, la séquence sur les fractions est prête. Reste à produire les sujets pour les interrogations de cours et à trouver un devoir pour les élèves. Après ça, l’après-midi n’est pas terminé, mais c’est déjà pas mal ! Mais je n’ai pas préparé les questions flash de 5e : tant pis.

3 janvier. Je suis plutôt efficace : ce matin, je prépare toute la séquence de statistiques de 3e ; je ne détaille pas ici car elle fera l’objet d’un billet séparé. Puis je gère la logistique : je range toutes mes affaires, trie les derniers documents. Et j’imprime tous les documents à photocopier. Lundi après-midi, j’aurai le temps de tout photocopier, cela me soulagera d’un poids pour le reste de la période. Sauf que…

J’ai oublié un truc important

En rangeant tout, je retrouve… un paquet de copies ! Non corrigé. Comment est-ce possible ? Je l’ai purement et simplement oublié ; ce sont des questions flash, ramassées le dernier cours avant les vacances. Pour oublier ça, il fallait le faire et c’est vraiment le signe que j’étais fatigué. En temps normal, je corrige les copies le jour où je les récupère.

Psychologiquement, un paquet de copie, c’est un peu violent. 😀 Donc je corrigerai ça demain. Il ne me reste a priori que ça à faire qui soit urgent. Et tant pis pour les questions flash de 5e, j’aurai le temps de m’en occuper plus tard ; là, je n’ai pas la motivation et ça serait idiot de reprendre en étant déjà fatigué ou impatienté.

Alors, c’est comment les vacances ?

Je ne me sens pas lésé. Je me suis bien reposé, j’ai profité de mes proches toute la première semaine et même une partie de la deuxième.

J’ai pas mal travaillé depuis 4 ou 5 jours, mais cela me permettra d’être plus tranquille jusqu’aux prochaines vacances… Sauf imprévu, évidemment, et il y en a toujours. Mais il est plus facile de gérer les imprévus lorsqu’on n’est pas dans le brouillard total.

Point particulier : je me suis débrouillé pour partir en vacances en ayant pas le moins possible de copies à corriger. C’est rarement le cas : en général, je place une évaluation peu avant les vacances. Mais là, c’était au-dessus de mes forces. Et les élèves de troisième étaient en stage en entreprise, donc ils ont été évalués avant de partir. Quant aux 5e, on était en projet, donc point d’évaluation écrite à corriger.

Bilan : j’ai probablement travaillé entre 20 et 25 h. Rien de scandaleux, et je pense que j’ai été à peu près efficace. Mais nous verrons bien si je me suis trompé ou pas. À prévoir pendant la période à venir : brevet blanc pour les troisièmes ; c’est une assez grosse charge de travail car il faut préparer les sujets et ensuite corriger les copies.

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